La dette qu'une reprise peut porter ne se calcule pas sur les comptes annuels. Elle se démontre — et le prêteur regarde autant qui atteste le chiffre que le chiffre lui-même.
Dans un financement de reprise, la question du prix se règle entre le cédant et le repreneur. La question de la dette se règle avec un tiers qui n'était pas à la table : le prêteur. Et le prêteur ne lit pas le dossier comme eux. Il ne finance pas un résultat comptable ; il finance une capacité de remboursement. Ce n'est pas le même chiffre. Et il regarde, avant même d'en discuter le niveau, qui l'a établi.
Le résultat qui figure dans les comptes annuels a été construit pour d'autres usages : la fiscalité, la présentation aux associés, les habitudes de la maison. La capacité de remboursement s'établit à partir de lui, mais en le retravaillant ligne à ligne. On retire ce qui ne se reproduira pas : un produit exceptionnel, une année de subvention, une reprise de provision. On réintègre ce que l'actionnaire a supporté à la place de l'entreprise, ou ce que l'entreprise a supporté à la place de l'actionnaire : une rémunération hors marché, des loyers entre sociétés liées, des charges à caractère personnel. Le résultat de ce travail s'appelle l'EBITDA retraité. C'est sur lui que se dimensionne la dette.
Sur un de nos dossiers, nous avons dû demander les grands livres. Les comptes arrêtés qui nous avaient été transmis ne permettaient pas d'établir ce chiffre. Ils n'étaient pas faux. Ils n'avaient simplement pas été tenus dans cet objectif. Quand la comptabilité l'a été, le retraitement prend quelques jours. Quand elle ne l'a pas été, il prend souvent plusieurs semaines — et ce délai se paie deux fois : en calendrier, et en confiance du prêteur.
Un EBITDA retraité présenté par le conseil de l'acquéreur est un argument. Le même EBITDA attesté par un expert-comptable indépendant, dans le cadre d'une lettre de mission, devient une pièce du dossier. La différence ne tient pas à la qualité du travail. Elle tient à ce que le signataire engage sa responsabilité professionnelle sur ce qu'il écrit. Un prêteur sait faire la part des choses entre les deux — et il la fait.
Sur un de nos dossiers de reprise, nous avons fait produire une note de validation par un cabinet indépendant avant de présenter le plan de financement. Trois points ont compté plus que le reste.
Pour le repreneur, la conclusion est pratique : la démonstration de la capacité de remboursement fait partie du dossier de financement au même titre que le plan d'affaires, et elle se prépare avant d'approcher les prêteurs. Nous avons détaillé l'assemblage lui-même — apport, dette, partenaires — dans Comment se finance la reprise d'une PME ?
Pour le cédant, la conclusion est plus inattendue : une comptabilité tenue en vue d'une opération n'est pas un raffinement de vendeur. C'est ce qui rend la capacité de remboursement démontrable — donc ce qui permet au repreneur de financer le prix. Un cédant qui prépare ses comptes dans cet esprit, un an ou deux avant de vendre, raccourcit l'instruction, rassure le prêteur de son acquéreur et, souvent, défend mieux son prix.
Pour la démarche complète côté repreneur — structuration, modélisation, mise en concurrence des prêteurs, négociation — voir notre offre LBO & capital-transmission. Côté cédant, la préparation des comptes fait partie de notre accompagnement en cession & transmission.
Le résultat d'exploitation avant amortissements, corrigé de ce qui ne se reproduira pas (éléments exceptionnels) et de ce que l'actionnaire et l'entreprise ont supporté l'un pour l'autre (rémunération hors marché, loyers entre sociétés liées, charges personnelles). C'est sur ce chiffre, pas sur le résultat comptable, qu'un prêteur dimensionne la dette.
Parce qu'un chiffre présenté par le conseil de l'acquéreur reste un argument, alors qu'un chiffre attesté par un expert-comptable indépendant, qui engage sa responsabilité professionnelle, devient une pièce du dossier. Le prêteur fait la différence.
Avant l'envoi du dossier de financement, jamais après l'objection d'une banque. Son périmètre doit couvrir explicitement les retraitements, et son coût est faible au regard de l'écart de conditions qu'elle permet d'obtenir.
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